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"J'ai pensé à toi, dit-elle, au bout d'un moment. J'étais très contente lorsque tu m'as appelée.
- Je t'avais bien dit que je le ferais.
Il s'efforce de respirer le plus naturellement possible.
- Oui, mais pas que tu appellerais le jour même."
(...)
"Lorsqu'il m'arrive quelque chose d'intéressant, je ne pense qu'au fait que je pourrai tout te raconter après le plus précisément possible. Aujourd'hui, en allant au lycée, j'ai vu un ver de terre qui avait séché et s'était collé au goudron. Si j'avais raconté ça au lycée, tout le monde aurait ri. Mais en pensant au ver de terre, j'avais la certitude absolue que tu comprendrais. La seule difficulté, c'était d'attendre toute la journée.
- A quoi tu pensais en regardant le ver de terre ?
- Je pensais qu'il avait l'air triste".
(...)
"Viens ici, que je vérifie quelque chose.
Elle lui tend les bras.
Je vais compter tes grains de beauté et noter le résultat dans mon carnet bleu. A partir de maintenant, je vais les compter tous les jours, tu es d'accord, n'est-ce pas ?"
Ce roman est comme une fleur,
qui fane à mesure qu'on en tourne les pages.
Je l'aime, un peu, beaucoup....
Un, deux, trois .. soleil.
Mais il est voilé, le soleil.
Et il se casse, le soleil.
"On dirait que tu es parti et que tu as décidé qui je suis, et que je ne peux pas changer, simplement parce que c'est plus facile pour toi. C'est comme si tu ne voulais pas que je me comporte différemment.
Elle essaye de le regarder dans les yeux, mais il perd tout son courage lorsqu'elle dit de telles choses, dont il sait intérieurement qu'elles sont fausses. C'est trop difficile. Il garde le silence et elle continue.
Je remarque que je commence à me comporter comme tu penses que je dois le faire. Je ne veux pas devenir ce genre de personne. Avant, c'était comme si tu croyais que je pouvais faire n'importe quoi, et je le croyais aussi".
Tout court,
des chapitres comme des respirations plein poumons.
Et puis le souffle manque.
Et puis viennent les soupirs.
Et puis vient le temps de la fin,
sans qu'on ait vraiment compris pourquoi.
"Ils n'arrivent pas à se réjouir de toutes les petites attentions qu'ils recherchent l'un pour l'autre. Il leur manque une chose fondamentale, sur laquelle ils ne parviennent pas à mettre le doigt. C'est comme s'ils passaient leur temps à verser du vermicelle multicolore sur une glace à l'italienne en train de fondre".
Le livre est fini,
a-t-on compris pourquoi Morris et Betty s'aiment ?
Pourquoi Morris et betty s'aiment moins,
Pourquoi Morris et Betty s'aiment encore mais ne s'aiment plus vraiment.
Pas vraiment, mais qu'importe.
Qu'importe aussi de savoir pourquoi ce petit roman fulgurant remue en vous tant de choses en si peu de pages,
et laisse un goût âpre en bouche, doux-amer au coeur, salé aux yeux.
"Quand sait-on que c'est fini ?
- Peut être quand on se sent plus amoureux de ses souvenirs que de la personne qu'on a en face de soi."
Gunnar Ardelius
J'ai besoin de toi plus que je ne t'aime et je t'aime si fort
Editions Naïve

"Est-ce qu'il ne fait pas trop froid là-bas, est-ce que tu sais les fleurs sur le toit de toi, est-ce que tu sais pour l'arbre que l'on va devoir couper, est-ce que tu sais pour le vent qui agite les volets de la cuisine et secoue ton ombre sur le carrelage ?Maintenant il fait tout le temps nuit sur toi.(...)Est-ce que tu es partie te cacher dans un caillou, un plat à tartes, un nouveau-né, un oeuf, une broderie et comment c'est maintenant qu'il fait nuit tout le temps ?(...)Même les yaourts aux fruits dans le frigo ont un goût de fâné. On a beau se mettre de la limonade toute neuve, du genre geyser de goulot tendre comme un orage de sucre, dans l'oesophage, rien. Un cimetière de plus, de la nuit, du froid et encore une nouvelle couche de nuit. Nous on voit rien, on te voit plus, on n'y voit rien, on ne sait plus grand chose. On marche dans la nuit et on ne te trouve pas, faut dire qu'on les confond toutes ces nuits, noires, épaisses comme du tissu, pas beaucoup d'étoiles, tout se ressemble.Il y a bien les souvenirs, mais quelqu'un les a électrifiés et connectés à nos cils, dès qu'on y pense on a les yeux qui brûlent.Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi."Un petit garçon de trente ans qui n'a plus de maman,"c'est effroyable le bruit d'un coeur qui casse"qui n'a plus que le vide attendu mais pas moins insupportable et vide pour autant,"c'est le début des caresses coupantes, celles qui se plantent dans les vieux souvenirs"un petit garçon qui doit grandir après ce coup sur la tête, et plus encore de coups droit au coeur."Les invités de l'enterrement avancent, penchés comme des fantômes d'arbres morts. des gens qu'on aime sont là, ils ont l'air gêné, avec leur sac d'amour dans les bras. Ils veulent nous le donner sans nous encombrer. On sait pas quoi en foutre de tout cet amour dans les yeux des gens, des fleurs et des bondieuseries à la pelle. Ils sont tous venus déguisés en cadeaux sombres. Les hommes encostardisés, moi le premier, les femmes endimanchées pour la mort. On peut dire que c'est pour toi, on peut dire ce qu'on veut, mais reste la mort et rien d'autre".Sur le parking de l'hôpital en quittant la chambre de la morte, s'inventer un monde rêvé, un ailleurs qui aide.Giant Jack, 130 ans pour 4 mètres de haut, passeur pour l'au-delà et panseur pour ici et maintenant.Giant Jack, ombrologue : un peu de son ombre trop grande pour apaiser et faire repartir la mécanique.La mécanique du coeur ..."Si c'était pas une histoire de tradition et de respect pour les autres "habitants" du cimetière, en plus des fleurs, je t'amènerais des gâteaux et des livres. Des oiseaux, il faut des oiseaux, je vais planter des oeufs d'oiseau, j'irai en cachette et tu finiras par éclore de nouveau. J'irai t'arroser, je bois tellement de limonade que mes larmes ont des bulles, est-ce que ça marche de s'échapper dans une bulle ? J'irai recueillir tout ça, et tu ne te perdras pas dans la terre noire, j'organiserai ton évasion.(...)J'escalade les strates argentées de ce ciel de lait et slalome entre les étoiles noires. Mille aubes blanches se lèvent sur mes épaules, je culbute le jour et la nuit, l'ombre et la lumière.Cette fois ça y est, je décroche la lune pour de bon, j'ai cette conviction inconsciente et folle que je vais te retrouver. Je vais te trouver à fouiller dans les hauts nuages, c'est sûr. Dans le sillage des oiseaux fantômes, dans les bras du soleil noir, celui qui, fatigué de brûler, s'est reconverti ici en machine à ombres, je vole vers toi ! Je tisse comme une araignée du ciel le fil qui relie les rêves et la réalité, et dans ma toile j'embarque l'espoir absolu".Monde onirique beaucoup, fantastique un peu,celui de fleurs, de millefeuilles, de la lune à décrocher, des fantômes et des gâteaux de nuages, des recettes au ciel mais sans cannelle, un géant pas aussi immense que le vide et la perte.certains voient des lignes parallèles avec tim burton ou roald dahl.et s'il y avait aussi, surtout, un nénuphar imaginaire, une fleur morte, l'étouffement et la passation de pouvoirs, la lutte, le monstre béquille, le pansement sentimental, le rêve fou et mélancolique ? L'écume des jours, des jours qui passent, des larmes pétillantes de limonade au chocolat chaud d'un matin, presque comme avant, la suite.Oui, la suite, parce que tout continue,même quand on n'est plus enfant,même quand on n'a plus de maman.Chronique poétique et inventaire fourre tout des souvenirs, avant qu'ils s'effacent,maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi.Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi
Mathias Malzieu
Flammarion / J'ai lu